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Eloi Martinez « Réparation pour les réfugiés espagnols »

VOS PAPIERS
Nom : Martinez Prénom : Eloi Age : 57 ans Profession : journaliste Signe particulier : son père, républicain espagnol, a passé la frontière en 1939. D'abord interné au camp d'Argelès-sur-Mer , il a ensuite été placé dans une ferme de département du Cher avant d'être envoyé en Allemagne. Son fils a obtenu de la justice que ce séjour en Allemagne soit considéré comme une période de travail forcé. L'expo "Rouges sous haute surveillance" à la Bourse du travail, organisée dans le cadre de la commémoration de la Retirada, vient de se terminer. Comment a-t-elle été perçue par le public ?Nous avons accueilli plus de 600 personnes en cinq semaines. Beaucoup d'enfants et de petits enfants de Républicains espagnols mais aussi des visiteurs qui ne sont pas liés à ces événements et qui ont découvert à cette occasion une page méconnue de l'Histoire de France.L'expo a suscité une très grande émotion. Les 130 messages laissés sur le Livre d'or en témoignent. Nous avons notamment accueilli la petite fille d'un réfugié. Elle avait été internée derrière les barbelés du camp d'Argelès à l'âge de 4 ans. En quittant l'expo, elle avait les larmes aux yeux.En fait, dans les familles de réfugiés, on parlait assez peu de cette période et il y a un grand besoin aujourd'hui de renouer les fils.Cette expo va déboucher sur de nouveaux objectifs pour l'association Aseref (1). Quelles actions concrètes allez-vous mener ?L'association sort renforcée de cette expo. Nous avons par exemple obtenu cinquante nouvelles adhésions. Et de nombreux visiteurs nous ont apporté des documents personnels, des photos, des actes administratifs, des témoignages. Cela va nous servir à constituer une solide base d'archives.L'un de nos buts sera d'aider les familles à faire des recherches sur leurs parents disparus, à essayer de compléter les histoires familiales. Nous travaillerons en réseau avec d'autres associations, en France et en Espagne.Vous allez également militer pour une reconnaissance de la responsabilité de l'Etat dans ce que vous appelez « une déportation politique »... L'ensemble des dossiers individuels que nous avons ou que nous allons constituer, cette mosaïque d'histoires personnelles, doit permettre de mieux connaître cette période occultée de l'Histoire de France. Et notamment les responsabilités de la France et du gouvernement Daladier, puis de Pétain, dans l'internement des réfugiés, la déportation, le travail forcé. Dans une politique de collaboration avec Hitler, on livrait les rouges. Nous allons demander réparation, au même titre que les juifs. Si nous ne sommes pas entendus, nous n'excluons pas de porter nos revendications sur le terrain judiciaire.Et puis, nous voulons que cette page de l'Histoire de France intègre les programmes scolaires.Ne craignez-vous pas d'être accusé de réécrire l'Histoire et d'entrer en conflit avec des historiens ?On sait que 500 000 réfugiés ont passé la frontière en 1939. Certains sont repartis en Espagne mais au moins 300 000 sont restés en France. Dans les camps de concentration français, il y a eu 15 000 morts. On respecte le travail des historiens. Il est complémentaire du nôtre. Les témoignages directs que nous avons recueillis doivent permettre de reconstituer le puzzle et de déboucher sur une reconnaissance nationale.Nous ne sommes pas opposés au débat. Certains historiens seront peut-être contrariés par notre travail. Mais nous avançons sur des bases solides.

Recueilli par François DORÉ

(1) Aseref : Association pour le souvenir de l'exil républicain espagnol en France.
Contact : 06 62 76 70 31.

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