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La République Espagnole a été très avant-gardiste

(Interview de David Garcia paru dans la Marseillaise du Gard à l'occasion de la soirée organisée par la Casa d'España de Nîmes pour le 80ème anniversaire de la seconde république)


Est-ce bien d’actualité de célébrer aujourd’hui la République espagnole, au vu des récents événements en Espagne ?
David Garcia (1) : C’est d’autant plus d’actualité, que les événements actuels font écho à ce qui s’est passé à l’époque, même si la situation et le contexte sont bien entendu différents aujourd’hui. J’ai vu durant les manifestations de ces derniers mois des drapeaux franquistes dans les rues. Et au sein du PP, il y a des anciens du Franquisme, comme en Italie, des anciens du fascisme se sont renouvelés dans la Démocratie Chrétienne ou d’autres partis. Mais, existe toujours l’aspiration à renouveler la société comme elle s’exprimait à l’époque.

Vous n’êtes donc pas pessimiste ?
Non, car nous sommes dans l’ère des possibles et même s’il existe des résurgences du fascisme comme je viens de le dire, je ne vois pas de risque de dictature. L’Espagne est toujours très démocratique avec par exemple l’existence des collectivités nées dans les années 30 durant la République. C’est un point d’appui pour avancer. Au-delà du Romantisme et de la Mythologie de la Guerre Civile, on a trop souvent oublié que la République Espagnole a été très avant-gardiste et qu’elle a véritablement essayé de changer la société.

Existe-t-il un message actuel de la République espagnole ?
L’Espagne est une société qui tente en permanence de se réinventer, elle se moque du temps. La République espagnole s’est d’ailleurs prolongée jusqu’en 1977 en exil en France et au Mexique. J’insiste sur le fait que les hommes de la République ont voulu partager l’expression démocratique avec le plus grand nombre par la culture. Alors qu’ils se trouvaient sous les bombardements, le président Manuel Azana y Diaz disait à son premier ministre Juan Negrin : « il m’importe plus de sauver les trésors du musée de Madrid que la République ou la Monarchie. » Il faut se souvenir également que lors de la création de l’école laïque, le gouvernement de la République a missionné des professeurs pour aller dans tous les villages avec des moyens modernes pour l’époque – la TSF, des théâtres ambulants, etc – pour alphabétiser les paysans et en particulier les femmes dont la moitié ne savaient ni lire ni écrire. Ce qui d’ailleurs, soit dit en passant, n’empêchait pas la population d’avoir une conscience forte que l’on a du mal à retrouver aujourd’hui. Enfin, si l’Espagne républicaine d’aujourd’hui existe, c’est parce que la République a survécu en exil. En 1977, des immigrés sont revenus pour signer la renaissance de la république. Ce fut bien sûr le cas de la Passionaria !

L’œuvre de la République est donc aussi culturelle ?
Oui, mais elle avait également en projet, pour contrer les Jeux Olympiques de Berlin, d’organiser des Olympiades populaires où 6000 athlètes étaient attendus. Cela avorta du fait de la guerre. L’exposition présentée à la Casa d’Espagne montre le prolongement de l’œuvre culturelle dans l’œuvre mexicaine et française. Pour des raisons sordides, cette année n’a pas pu être en France celle du Mexique, j’essaie donc de rendre hommage à ce pays qui a accueilli nombre de réfugiés et jusqu’en 1977, le drapeau de la République a flotté au Mexique. Enfin de très nombreux hommes de culture espagnols ont également essaimé en France : Etienne Roda Gil, le parolier de Julien Clerc, Jorge Semprun, Maria Casarès dont le père Santiago avait été chef de la Galice et qui est mort comme nombre d'entre eux à Paris et enterré au cimetière du Père Lachaise. On peut citer également José Arnal, le créateur de Pif le Chien !
PROPOS RECUEILLIS PAR JPM
y (1) David Garcia est conférencier, président de gen-iberica et initiateur de la quinzaine culturelle hispanique et ibérique de Béziers dans l’Hérault.

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