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70 ans après, des réfugiés espagnols exilés au Mexique reviennent à Sète

Il y a un peu plus de 70 ans, près de 1 600 réfugiés républicains embarquaient du port de Sète à bord d'un navire à destination du Mexique. Une plaque en leur mémoire a été dévoilée lundi dans le port héraultais. Juan Urrusti-Sanz raconte sa traversée et la découverte d'un pays inconnu. S oixante-dix ans qu'il n'était pas revenu sur le port de Sète. Mais Juan Urrusti-Sanz n'a rien oublié de cette journée de mai 1939, quand il a embarqué sur le Sinaïa pour le Mexique, avec près de 1 600 réfugiés républicains fuyant un franquisme triomphant en Espagne. C'est sur le môle Saint-Louis que le garçon de 11 ans accompagné de sa mère et de sa soeur avait retrouvé son père, militaire espagnol en exil, après deux mois d'internement dans des camps séparés en France. Ensemble, ils avaient embarqué sur le premier navire spécialement affrété pour permettre l'exode massif des réfugiés espagnols vers l'Amérique centrale ou l'Amérique du sud. La peur au ventreen longeant l'Espagne "C'est incroyable d'être là aujourd'hui !", lâche l'octogénaire, droit dans son élégant costume gris, venu dévoiler une plaque commémorative sur cette jetée (lire ci-dessous) . "Je ressens une émotion indescriptible. C'est une grande satisfaction et, en même temps, comme si on m'arrachait la peau", explique-t-il, tout en retenue, décrivant "un sentiment aigre-doux", entre le bonheur de s'en être sorti et les souvenirs douloureux d'une fuite périlleuse. Près d'un demi-million de personnes, civils et soldats en déroute de l'armée républicaine, avaient pris fin janvier 1939 le chemin de l'exil et trouvé refuge en France. Le 25 mai, 1 599 d'entre eux, beaucoup d'intellectuels et d'artistes, s'embarquèrent à Sète avant d'être accueillis le 13 juin à Veracruz comme réfugiés politiques par les autorités mexicaines. En trois ans, près de 25 000 "rouges" gagnèrent le Mexique. Juan Urrusti-Sanz se souvient des heures d'angoisse avant le départ de Sète. "Ils appelaient les familles par ordre alphabétique. On a attendu toute la nuit. Je ne savais pas si nous allions monter à bord". Tout retard leur faisait craindre un renvoi en Espagne. Une fois l'ancre levée, la crainte de l'enfant ne faiblit pas, malgré l'escorte de destroyers britanniques qui accompagne le Sinaïa jusqu'au détroit de Gibraltar. "J'étais en panique quand nous avons longé les côtes espagnoles car Franco avait menacé de nous couler", raconte l'octogénaire aux cheveux ondulés impeccablement coiffés. De la traversée, il garde en mémoire le bruit des machines, la chaleur infernale dans les cales où dormaient les réfugiés. "Je ne suis ni d'ici, ni de là-bas"Le sourire revient sur son visage mince à l'évocation de la vie à bord, débordante d'activités culturelles, débats et concerts. La lecture publique par l'enfant d'un poème de son père lui avait valu des caramels, les premiers de sa vie.Au Mexique, une nouvelle vie commence. "Du Mexique, on ne connaissait rien. Comment allait-on vivre là-bas, travailler, s'intégrer ?", raconte-t-il. Son père trouve un emploi dans l'industrie, sa mère dans une usine de textile. "Je m'habillais avec les chutes de tissus. Le costume n'était pas cher", parvient-il à plaisanter. " Les exilés espagnols ont été transportés d'une terre à une autre. Je ne suis ni d'ici, ni de là-bas", confie-t-il. Lors de la cérémonie à Sète, le menton haut et le sourire aux lèvres, il entonne le chant national mexicain. Le poing levé, il écoute l'hymne républicain espagnol. Mais devant la plaque commémorative, symbole "d'une renaissance, d'une partie de la mémoire historique qu'(il) veut laisser à (ses) enfants et petits-enfants", il ne peut retenir ses larmes. L'un de ses descendants se prénomme Sinaïa.

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