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Près de la Place de l’Armistice, au cimetière de l’église Saint-Lucien, à La Courneuve, ce matin du 8 Mai 2013, Journée de la Victoire sur le nazisme, célébrée de façon officielle dans toute la France, nous nous réunîmes des Amis des Républicains Espagnols de la région parisienne parmi les personnalités politiques et les associations présentes.

Quelque chose d’important, comme nous dit un ami hongrois présent, c’est que cette année, en plus d’être présents comme l’an dernier et de déposer de superbes fleurs tricolores (aux couleurs de la II République espagnole) on nous donnait pour la première fois en « soixante ans », à la Courneuve, la parole, qui fut prise par le plus ancien, Daniel Serrano, ex-combattant républicain espagnol, pour rappeler l’épopée de ceux qui traversèrent tragiquement les Pyrénées en 1939.

Un Italien de la Courneuve, M. Nazzareno Risi, âgé de 10 ans lors des attaques de Cassino par nazis et fascistes, se trouvait là également. Daniel, âgé de 93 ans, sympathisa avec l’ami italien et M. le Maire, Gilles Poux, arriva et les salua tous deux avec le plus grand respect.

On nomma de façon solennelle tous les assistants : M. Gilles Poux, Maire de la Courneuve, M. Stéphane Troussel, Madame Mugette Jacquin, M. Le Sergent (président de l’ARAC et de l’UFAC), les Anciens Combattants du Bengladesh, les Anciens Combattants et Résistants, les Amis des Républicains Espagnols de la région parisienne, les conseillers et les corps constitués.

Il faut remarquer que dans d’autres régions de France, comme à Annecy, en Haute-Savoie, la présence de l’Amicale de la Résistance Espagnole, présidée par Miguel Vera, est normale dans ce type d’hommages obligatoires et totalement naturels.

M. Le Sergent prit d’abord la parole : « Le 8 Mai 1945 ce fut l’acte de capitulation SS, en ce 68ème anniversaire nous rendons hommage à tous les soldats alliés qui unirent leurs forces pour vaincre le nazisme ».

Ensuite intervint M. le Maire d e la Courneuve, M. Gilles Poux (dont je résume l’important discours) : « Le Conseil National de la Résistance se donna deux objectifs : élaborer un plan d’action contre l’oppresseur…l’homme donna une leçon à l’enfer ; le courage, le sacrifice de ces hommes et de ces femmes qui refusèrent de se plier …C’est aussi le 70ème anniversaire de la mort de Jean Moulin. Le second objectif du CNR fut de s’unir pour un ordre social plus juste dans les jours heureux de l’indépendance sociale et économique de la nation. Ce fut penser l’organisation rationnelle de l’économie, la participation des travailleurs, avec un plan complet de Sécurité Sociale. La possibilité pour tous les enfants d’accéder à la culture. L’intelligence du CNR ce fut d’opposer à l’idéologie fasciste, née de la misère, l’éducation, la plus belle de toutes les manières de ne pas oublier. Des milliers de femmes et d’hommes qui ont fait face à l’ennemi et qui ont porté d’autres valeurs. Le programme du CNR constitue un socle de notre modèle social, ce programme est d’actualité. Les inégalités se creusent, les changements espérés l’an dernier sont loin d’être au rendez-vous, nous attendons qu’on affronte le monde de la finance. L’esprit du CNR est d’actualité…Face aux reculs sociaux on peut relever la tête. C’est le message de courage que nous ont légué ceux qui ont lutté pour la liberté. Ayons le courage de perpétuer ces combats. Ce 8 Mai nous dit aussi qu’un autre avenir est possible ».

Après ce discours rempli d’espoir notre républicain espagnol, Daniel Serrano, arriva à la tribune. Il combattit à Brunete, à Teruel, en Aragon et sur le front d’Extrémadure, mais il finit par s’exiler en France après avoir renoncé dans les prisons franquistes à voir arriver les Alliés jusqu’à Madrid. Daniel rassembla plusieurs données, dont certaines tirées de l’excellent texte historique du Collège Robert Doisneau de Garges les Gonesse intitulé « La Résistance espagnole, une page blanche de la deuxième guerre mondiale » ainsi que des données de son expérience personnelle pour rappeler l’importance de la Résistance républicaine espagnole en France :

« Les Espagnols qui combattirent en Espagne le fascisme-franquisme et qui dans leur fuite purent passer en France, ne furent pas reçus très honorablement mais, néanmoins, quand arriva l’heure de lutter contre l’ennemi commun, ils n’hésitèrent pas à le faire et ils le firent avec les Français, ce pourquoi ils furent poursuivis par la vindicte du même ennemi.

Environ 60 000 républicains espagnols luttèrent avec les Français contre le nazisme et le fascisme. La France, l’Europe parvinrent à se libérer, l’ennemi fut défait.

Plutôt que de rappeler l’amertume qui nous envahit en 1945, nous, les républicains espagnols, là-bas, dans les prisons franquistes de Madrid, de toute l’Espagne, en comprenant que nous ne serions pas libérés, en comprenant que le dictateur Franco resterait en place, je voudrais souligner l’importance des républicains espagnols dans la lutte pour la libération de Paris, de la France.

Charles Tillon, chef des FTP a reconnu la présence de plus de 4000 républicains espagnols à Paris et plus de 50 000 dans des combats du Massif Central, des Alpes, le long des Pyrénées.

Bien que minoritaires, sauf en Bretagne, parmi leurs compagnons de lutte, les FTP, les républicains espagnols déploient beaucoup d’énergie à Bordeaux (attentats, destructions de convois à destination du Reich), à Mont-de Marsan.

En Bretagne l’implication des Espagnols dans le combat est particulièrement importante (à Lorient, à Saint-Nazaire)

A Nantes 42 personnes comparaissent en 1943 (dont 5 Espagnols), accusées de sabotage.

Les insurrections de la prison d’Eysses (Villeneuve sur Lot) se soldent par la déportation, dont celle de 181 républicains espagnols. Parmi eux, Angelo Huerga, abattu, repose au cimetière de Compiègne avec la mention « Mort pour la France ».

Les rescapés de Madrid, de Barcelone agissent en Région Parisienne, dans la deuxième section espagnole des FTP-MOI.

Parmi les 21 victimes du groupe Manouchian fusillées au Mont-Valérien, un Espagnol de 27 ans : Celestino Alfonso.

Les 10 000 engagés dans la Légion Etrangère en 1939 rejoignirent les forces de la France Libre et intégrèrent la deuxième Division du Général Leclerc. Les vaincus de 1939, envoyés combattre nazis allemands et fascistes italiens dans les sables nord-africains, participèrent aux grandes campagnes méditerranéennes des Alliés. Ceux qui ont survécu marchent sur Paris le 24 Août 1944.

Paris doit beaucoup aux soldats espagnols, un millier, à affronter les dernières garnisons allemandes de Paris, mais ils accélèrent aussi le départ de la Wehrmacht à Toulouse, Perpignan, Dax, Arles. Le Commandant Robert, José Antonio Alonso, et ses guérilleros républicains espagnols libèrent Foix. Cristino Garcia libère Nîmes.

Je mentionnerai enfin l’épopée des Glières, où je me suis rendu en pèlerinage au Mémorial de Morette-Glières et à Thorens. Là, mon camarade de classe de 1934, année de notre certificat d’études, Avelino Escudero Peinado, fut tué parmi les 50 républicains espagnols qui quittèrent les derniers le plateau le 26 mars 1944, dans les sections Ebro et Renfort d’ Ebro du lieutenant Tom Morel et du Capitaine Anjot, pilonnées par la 157ème Division allemande sans avoir pu récupérer les armes parachutées par les Alliés mais en ayant sauvé l’honneur avec les maquisards français du capitaine Anjot, avec Miguel Vera, tous bien décidés à libérer la Haute-Savoie du joug nazi au plus vite.

Beaucoup de vaincus de 1939 ne sont jamais rentrés chez eux. 68 ans après les faits, ceux qui ont combattu l’ennemi nazi attendent toujours la reconnaissance officielle d’une nation qui fut aussi sauvée avec leur concours. Une reconnaissance souvent occultée des 60 000 maquisards espagnols engagés auprès de leurs compagnons français.

Merci de nous avoir donné l’occasion en cette date historique de rappeler ces faits.

Vive la République, Viva la República ! »

Après ce dernier discours on déposa de nombreuses gerbes de fleurs devant le monument aux victimes des deux guerres mondiales, on fit une émouvante minute de silence, on joua la Marseillaise et le Chant des Partisans ; les autorités saluèrent les porte -drapeau, parmi lesquels se trouvait le nôtre, Olivier, le neveu de José, qui ne put venir. Olivier est notre premier porte-drapeau très jeune, très fier et enthousiaste par rapport à la République, comme son oncle.

Avec beaucoup d’émotion, après l’aimable salutation de M. le Maire, nous lui demandâmes une photo de l’amitié en sa compagnie, ce qu’il accepta souriant.

Nous bavardâmes avec un ami hongrois et un autre antillais, étonnés tous deux du discours du républicain espagnol « soixante ans après ». Il est vrai que si nous ne demandons pas à « représenter » les républicains espagnols dans les cérémonies officielles en région parisienne (par exemple) pourquoi faut-il s’étonner qu’on ne nous l’accorde pas ?

Avant de partir pour l’apéritif offert par la Mairie de La Courneuve, je fis encore quelques photos des tombes fleuries en ce 8 Mai (le 7 Mai elles ne l’étaient pas) du carré militaire du cimetière, chacune ayant son bouquet attaché par un ruban tricolore. Nous devrons mettre à Hemerogildo Cid, « Mort pour la France » à 22 ans, le 12 juin 1940, des fleurs républicaines espagnoles. Il fut peut-être l’un de ceux qui passèrent la frontière en 1939 et ne retournèrent jamais dans leur patrie. Il y a aussi dans le cimetière de la Courneuve plusieurs tués d’Aubervilliers, de Garges les Gonesse. Les combats en région parisienne contre l’ennemi arrogant qui se croyait déjà le maître du monde, furent très durs. Partout des plaques au nom des victimes l’attestent.

Quand aurons-nous cela en Espagne, des cimetières avec les tombes fleuries aux couleurs du drapeau tricolore, des plaques gravées au nom des fusillés du franquisme, au nom des victimes des bombardements nazis et fascistes, au nom des brigadistes héroïques ? De tels lieux de mémoire sont actuellement l’exception. Les luttes sont âpres (mais enthousiastes) pour y parvenir.

Ces hommages doivent se multiplier (partout) et être diffusés largement, afin que la jeunesse garde la mémoire de ceux qui luttèrent pour notre liberté.

La Courneuve, le 8 Mai 2013

Rose-Marie Serrano (Amis des Républicains Espagnols de région parisienne)

Magnifique hommage aux Résistants à la Courneuve le 8 Mai 2013, Journée de la Victoire sur le nazisme
Magnifique hommage aux Résistants à la Courneuve le 8 Mai 2013, Journée de la Victoire sur le nazisme
Magnifique hommage aux Résistants à la Courneuve le 8 Mai 2013, Journée de la Victoire sur le nazisme
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