Grau du Roi: l'Hommage aux marins républicains espagnols de l'Andutz Mendi
Benjamin Garcia, vice-président d'ASEREF, dépose les fleurs d'ASEREF à son côté Raphael Gutierrez notre porte drapeau
La cérémonie annuelle en hommage aux marins morts et disparus de l'Andutz Mendi s'est déroulée le lundi 29 juillet à 18h au cimetière du Boucanet au Grau du Roi (Gard) en présence du maire de la ville Robert Crauste, de Denis-Pierre Gozioso président de l'Association des Marins et Marins Anciens Combattants (AMMAC) du nouveau consul général d'Espagne D. Ramón Abaroa Carranza t de Benjamin Garcia vice président de l'Association pour le Souvenir de l'Exil Républicain Espagnol en France (ASEREF). Le porte drapeau pour ASEREF était cette année Raphael Gutierrez. Nous remercions pour la présence de nos adhérents et renouvelons notre gratitude à Denis Pierre Gozioso et à l'AMMAC ainsi que le maire du Grau du Roi pour leur fidélité à commémorer cet évènement qui marqua en juillet 1937 ce petit port de pêche gardois. Benjamin Garcia au nom d'ASEREF a lu le message (ci-dessous) d'Eloy Martinez président d'ASEREF qui n'a pu se rendre à cette cérémonie.
"Monsieur le consul général d’Espagne
Monsieur le Maire du Grau du Roi
Monsieur le Président de l’association des marins et marins anciens combattants (AMMAC)
Mesdames, Messieurs,
Comme chaque année nous nous retrouvons ici pour rendre hommage aux marins de l’Andutz Mendi morts et disparus le 29 juillet 1937 suite à une attaque d’un ou deux sous-marins cédés par l’Italie fasciste aux franquistes qui ont agressé la république espagnole un an plus tôt.
Je voudrais cette année encore remercier chaleureusement le Président de l’AMMAC Denis-Pierre Gozioso qui est à l’origine de cette commémoration pour cet hommage de marins à d’autres marins, et qui témoigne de la solidarité des gens de mer. Une pensée aussi pour Jean-Pierre Bas l’élu communiste du Grau du Roi qui en 1977 a convaincu le conseil municipal de la pose d’une stèle dans ce cimetière en hommage à ces marins. Remerciements également à monsieur Robert Crauste maire du Grau du Roi qui a décidé de renouveler chaque année cette cérémonie.
Notre association ASEREF est très sensible à votre volonté d’honorer la mémoire de ces marins victimes d‘un acte de guerre au large de votre commune.
Je voudrais comme chaque année souligner la solidarité qui s’est manifestée quand des pêcheurs du Grau du roi se sont portés au secours des marins espagnols
Ces valeurs de solidarité, de fraternité sont à rappeler en ces périodes où l’on voit réapparaitre l’obscurantisme, l’intolérance, où le fascisme prend de nouvelles formes mais s’appuie toujours sur l’ignorance.
L’histoire a plus que jamais besoin d’être enseignée et aujourd’hui nous tous ici faisons œuvre utile. L’Histoire de la guerre d’Espagne est largement occultée elle ne figure que très peu dans les livres d’histoire pourtant ici en France cette guerre devrait être enseignée comme étant le prologue de la seconde guerre mondiale.
Venons-en au 29 juillet 1937
Ce jour-là en pleine guerre d’Espagne, au large du Grau du Roi, dans les eaux territoriales françaises semble t-il, trois navires de commerce battant pavillon de la République espagnole sont attaqués par un ou deux sous-marins « inconnus » expression officielle à l’époque pour ne pas désigner l’agresseur. Bilan 22 morts et disparus malgré l’intervention rapide des pêcheurs du Grau du Roi qui se portèrent au secours des marins espagnols. La solidarité des gens de mer avait fonctionné, quelques marins avaient pu être sauvés dont le capitaine de l’Andutz Mendi bateau le plus gravement touché.
Ces trois bateaux se trouvaient non loin de l’Espiguette près du Grau du Roi. La presse française majoritairement s’empressait d’écrire aussitôt que ce canonnage se situait hors des eaux territoriales françaises. Le gouvernement avait déjà donné les consignes. Il n’était pas question de se confronter à ce moment-là à un problème dans les eaux territoriales françaises alors que la France aux côtés de l’Angleterre refusait le soutien à la République espagnole sous prétexte de non-intervention. Le ton était donné, l’attaque de ces bateaux avait eu lieu hors des eaux territoriales, aucune enquête ne serait donc diligentée. Le capitaine de l’Andutz Mendi constatait quelques jours plus tard, après son hospitalisation, qu’une page de son carnet de bord avait été déchirée, celle où il avait noté la position de son navire dans les eaux territoriales françaises lors de l’attaque du ou des sous-marins.
Quel est le contexte fin juillet 1937 ? La guerre d’Espagne a éclaté un an plus tôt le 18 juillet 1936. Un soulèvement de généraux soutenus par le fascisme international. Hitler apportera l’essentiel de l’armement au général Franco qui dirige la rébellion contre le gouvernement légal de la République, dont la si funestement connue Légion Condor qui dévasta notamment Guernica et le Pays basque. Mussolini fournira pour sa part les hommes mais aussi l’aviation, les Savoïa qui bombarderont les civils début février 1939 sur les chemins de l’exil entre Barcelone et la frontière française et des forces navales tels des sous-marins qui procèderont à plusieurs actes de guerre et de piraterie contre des navires de commerce de la République espagnole en Méditerranée.
Un an après le déclenchement de cette guerre, l’Espagne républicaine, à qui on ne donnait que quelques jours, résiste et combat aidée par les volontaires internationaux venus de 53 pays, les brigades internationales. Ces volontaires avaient compris que ce qui se jouait en Espagne était la paix mondiale. L’Histoire leur donnera raison. Des milliers d’entre eux sont morts pour les défendre alors que des pays tels la France et l’Angleterre prônaient la non-intervention une sorte de non-assistance à République en danger.
Ce petit rappel historique est nécessaire pour resituer le contexte de cette attaque contre ces bateaux de commerce de la République espagnole.
Il y a encore beaucoup de zones d’ombre sur les circonstances de cette attaque et sur les complicités de français en lien avec les services franquistes d’espionnage situés notamment à Marseille qui alertait les fascistes des mouvements des bateaux de commerce espagnols en Méditerranée.
ASEREF poursuit ses investigations afin de faire la lumière sur cet acte de guerre près des cotes françaises. ASEREF poursuit également ses recherches afin de retrouver des descendants de ces marins. Nous avons eu le plaisir d’accueillir lors de la cérémonie de 2021 Fernando de Murga dont l'oncle était un des pilotes de l’Andutz Mendi malheureusement porté disparu.
J’ai eu récemment un contact avec Fernando qui aurait aimé être présent mais cela ne lui est pas possible cette année. Il espère être des nôtres l’année prochaine.
Pour ma part, résidant désormais en Espagne il ne m’a pas été possible d’être parmi vous aujourd’hui, j’espère pouvoir venir en 2025, je remercie les membres du bureau d’ASEREF présents qui assurent la continuité de nos actions mémorielles.
Je renouvelle au nom d’ASEREF nos remerciements à vous tous qui maintenez année après année l’hommage à ces marins espagnols victimes de cette attaque fasciste le 29 juillet 1937 gravée dans la mémoire de votre ville qui a su faire preuve de solidarité comme savent le faire les marins"
/image%2F0483456%2F20240909%2Fob_da0a76_andutz2.jpg)
/image%2F0483456%2F20240909%2Fob_48158c_andutz1.jpg)
/image%2F0483456%2F20240909%2Fob_162af9_andutz3.jpg)
/image%2F0483456%2F20240909%2Fob_602d7d_andutz4.jpg)