L’attaque fasciste contre l’Andutz-Mendi près du Grau du Roi
Photos du journal l'intransigeant du 1er aout 1937. L'andutz Mendi remorqué et photo du bas les rescapés aux obsèques de leurs camarades au Grau du Roi
Le 29 juillet 1937, en pleine guerre d’Espagne, vers 15 heures, plusieurs navires de commerce de la République espagnole sont victimes d’un canonnage de la part d’un ou plusieurs sous-marins franquistes dans les eaux territoriales françaises près du Grau du Roi (Gard). En provenance de Barcelone ces bateaux se dirigeaient vers Marseille. A bord de l’un de ces bateaux, l’Andutz Mendi qui fut fortement touché et à bord duquel se déclara un important incendie se trouvaient 34 marins, 22 d’entre eux sont morts ou portés disparus. Ce jour-là, la solidarité des marins pêcheurs ne fit pas défaut, plusieurs d’entre eux en mer à ce moment-là de l’après-midi, participèrent rapidement au sauvetage des rescapés. Le journal communiste « Rouge Midi » du 3 août 1937 cite un témoignage d’un rescapé « les sous-marins étaient au nombre de quatre, ils ont attaqué par babord et tribord à coups de canon et à la mitrailleuse. Les appareils de bord ont été détruits et un incendie s’est déclaré, des hommes meurent. On a mis un canot à la mer et il a été immédiatement mitraillé, d’autres hommes tombent. Le capitaine et quelques hommes ont pu se sauver à bord d’une chaloupe… »
Quarante ans après ce drame, en 1977, sur proposition de Jean Pierre Bas adjoint communiste au maire du Grau du Roi, une stèle en souvenir des marins morts et disparus fut érigée au cimetière du Boucanet au Grau du Roi. Chaque année, à l’initiative de l’Association des Marins et Marins anciens combattants (AMMAC) du Grau du Roi dont le Président est 3 Denis-Pierre Gozioso et de la Municipalité, se déroule une cérémonie d’hommage à ces marins à laquelle participe l’association pour le souvenir de l’exil républicain espagnol en France (ASEREF), afin de perpétuer la mémoire de ceux qui furent d’innocentes victimes d’un guet-apens fasciste en Méditerranée. Le témoignage du capitaine rescapé de ce bateau, rapporté dans la presse de l’époque, est accablant pour les autorités maritimes françaises. Le capitaine a affirmé à plusieurs reprises que dans le carnet de bord qui lui a été retiré par les affaires maritimes, une page a été déchirée celle où il écrivait que le navire lors de l’attaque se trouvait bien dans les eaux territoriales françaises. Très rapidement la presse française, à quelques exceptions près, s’en tenait à la version officielle : l’Andutz Mendi n’était pas dans les eaux territoriales lors de l’attaque par un sous-marin inconnu et donc il n’y aurait pas d’enquête diligentée.
Cette version arrangeait particulièrement le gouvernement de l’époque, qui prônait aux côtés de l’Angleterre la non-intervention dans la guerre d’Espagne. Affirmer que cette attaque avait eu lieu hors des eaux territoriales françaises évitait pour la France une nécessaire condamnation de cet acte et la recherche des responsabilités. Par ailleurs, plusieurs sources font état de complicités de français et d’agents franquistes à Marseille dans les télécommunications et dans les affaires maritimes qui auraient informé les franquistes des mouvements des navires de la République espagnole en Méditerranée. Depuis plusieurs mois déjà les agents franquistes introduits sur le territoire français agissent depuis Saint Jean de Luz. Dans les ports comme Marseille, notamment, les soutiens français du général Franco signalent les mouvements des navires de la République espagnole.
Des émetteurs récepteurs installés dans les ports de Méditerranée permettent eux espions franquistes d’établir des connexions avec d’autres services d’espionnage afin de signaler les positions des bateaux de la République espagnole. Il est probable que les navires canonnés au Grau du Roi l’aient été grâce à des renseignements venus de terre et particulièrement de Marseille où les agents franquistes avaient leurs entrées dans les services maritimes. 4 L’Humanité du 17 août 1939 révèle qu’à Marseille « les sous marins italiens viennent jusqu’à nos côtes. Ces jours derniers, les pêcheurs de Carro à l’embouchure du Rhône ont aperçu un sous marin qui n’était sûrement pas français en surveillance à quelques milles de la côte. Qui nous expliquera les raisons qui auraient fait agir les gendarmes du Grau du Roi, lesquels ont arraché les feuilles u journal de bord de l’Andutz Mendi, précisément les pages qui indiquaient que ce navire se trouvait dans les eaux territoriales françaises lorsqu’il a été attaqué par un sous-marin dont la nationalité n’est que trop connue ? » dans le même article l’Humanité constate que « la haute société marseillaise a nettement pris parti pour Franco, les espagnols qui peuvent se réclamer des rebelles et qui prennent une part active à la lutte contre la République, bénéficient à Marseille d’un traitement de faveur de la part des autorités françaises… ». De nombreuses zones d’ombre entourent encore l’affaire de l’attaque de l’Andutz Mendi des investigations menées par l’Association pour le Souvenir de l’Exil Républicain Espagnol en France (ASEREF) se poursuivent.
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